Coup de gueule, coup de cœur

Je m’étais réfugiée, comme j’ai souvent l’habitude de le faire, à l’église Saint-Bénigne, proche de mon lieu de travail. J’aimais y retrouver le calme, la fraîcheur, et la beauté architecturale des lieux. Ç’était pour moi un moment d’apaisement, auquel je tenais particulièrement.

Ce jour là, j’allais ressortir de l’église lorsque vers l’entrée principale j’entendis un bruit sourd très vite accompagné de gémissements, de pleurs.

Intriguée je m’approchais ; un jeune homme gisait à terre, pleurant comme un enfant. Je me penchai vers lui et lui demandai s’il voulait que nous parlions ensemble. Il accepte. Je pris une chaise et m’approchai de lui. Il me raconta sa souffrance vécue dans un hôpital psychiatrique. Il vivait chez sa mère, une vieille dame seule et avait profité de son absence pour s’échapper et aller boire des cafés, ce qui le faisait trembler de tout ses membres. J’avais eu en effet vite fait de m’apercevoir qu’il n’était pas alcoolisé.

Nous en étions là de notre échange lorsque s’approcha une dame d’un certain âge, fort bien mise, venue ici sans nul doute pour la prière.

D’une voix haineuse, elle me montra le jeune homme à terre et me demanda : « Qu’est-ce que c’est que ça ? » « C’est quelqu’un qui souffre, madame », lui répondis-je. Elle me désigna du doigt des affichettes à moitié arrachées sur le mur, derrière le jeune homme. « Et ça, c’est pas lui peut-être ? ». La colère commençait à monter en moi. Je lui expliquai que j’avais entendu le jeune home et l’avais approché dès son arrivée, ce qui excluait toute action malfaisante de sa part. Révoltée par son attitude, je lui demandai de s’éloigner et de nous laisser seuls, ce qu’elle fit sans se faire prier. Pour elle, il n’y avait pas de pardon, nous n’étions que des déchets de la société. Après avoir aidé le jeune homme à se relever, et m’être assurrée qu’il allait mieux et surtout qu’il allait rejoindre le domicile de sa mère, je le quittai sur le parvis de l’église. Je continuai mon chemin, persuadée une fois pour toutes de l’impuissance, voire de l’inexistence de Dieu qui laissait venir à lui des gens aussi dépourvus d’humanité que cette petite dame, certainement très pieuse par ailleurs.

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